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Le syndrome de Peter Pan, ou l'homme qui ne veut pas grandir

Le 15 oct. 2020 par Claire.

Une fois n’est pas coutume, je repique un article de ma mère (Martine Barbault) sur Le syndrome de Peter Pan et ses origines, avec un léger remaniement personnel.

« Ne grandis pas, c’est un piège. » Peter Pan

Le syndrome de Peter Pan a été mis en évidence il y a une vingtaine d'années par le psychologue Dan Kiley. Tout comme le petit garçon qui ne veut pas grandir, créé par James M. Barrie, les hommes frappés par ce syndrome ne peuvent ni ne veulent renoncer au paradis radieux de l'enfance.

Le conte original du "garçon qui ne voulait pas grandir" est riche d'éléments d'analyse sur ce délicat passage de l'enfance à l'âge adulte et traduit tout particulièrement le malaise existentiel de ces adultes frappés du "complexe de Peter Pan".

"Wendy sut qu'il lui faudrait grandir. Dès qu'on a deux ans, on n'y échappe pas, on sait. Deux est le commencement de la fin."

L'auteur de Peter Pan, James Matthew Barrie

C'est l'enfant qui a du mal à grandir, éprouve des réticences à affronter ses responsabilités d’homme et à accéder à ses émotions profondes ainsi qu’à ses sentiments.

Il est né de l’imagination de James Matthew Barrie (Kirriemuir le 9 mai 1860, 6h30) et a fini par devenir un mythe moderne.

La transposition est vite faite : l’auteur a vécu une tragédie familiale qui l’a fixé à tout jamais à cette période bénie de son enfance : la mort de son frère aîné David (le préféré de la mère), à l’âge de treize ans. Cet événement a véritablement contribué à l’élaboration de son personnage d’éternel adolescent…

« Ne jamais dire au revoir car au revoir signifie partir et partir signifie oublier. »

Le thème principal de son œuvre est précisément la difficulté à grandir, à assumer des responsabilités et quitter le monde de l’enfance… avec toujours, en filigrane, la peur de la mort (si Peter Pan quitte son pays imaginaire, Neverland, c’est la mort)…

En somme, l'auteur conjure le drame de son enfance en figeant définitivement le temps à l'âge idyllique de la petite enfance (dans son Neverland).

Peter Pan est décrit comme « joyeux, innocent et sans cœur »… Toutefois, rien n’est aussi simple ; c’est plutôt ce que ce personnage donne à voir. Fort égocentrique, cet adolescent n’est pas capable de compassion, ayant du mal à accéder aux émotions ; Par ailleurs, il a une fâcheuse tendance à mélanger réalité et fiction…

Portons le regard sur le thème de sir James Matthiew Barrie :

Thème natal JM Barrie

  • La Lune angulaire en VII, maître d’ascendant, Vénus et Jupiter en Cancer reflètent l’importance du monde de l’enfance.
  • L’importance de Saturne, maître de VIII en III (mort du frère) au FC met l’accent sur l’épreuve familiale génératrice de frustration (Soleil, maître de III en XII,) ajouté à celle de la Lune en Capricorne, portent tout naturellement vers le retrait, la peur et l’auto-protection, indice de tendances régressives et schizoïdes (importance du Froid).

« Si vous vous montrez injuste envers un enfant, il ne cessera pas de vous aimer mais il ne sera plus jamais le même. Nul n'oublie la première injustice. »

Lorsque son frère David meurt, sa mère est désespérée et reste prostrée et dépressive une année durant. James cherchera, mais en vain, à le remplacer dans son cœur. Il tentera alors de s’identifier à ce frère disparu en revêtant ses habits et va se construire sur cette fêlure… De fait, la mission que le petit James s’est imposée, consoler et guérir sa mère, est à l’origine de son inspiration et de sa créativité.

Curieusement, l’aspect physique de ce personnage semble participer à cette fixation à l’enfance. James Barrie est une sorte de farfadet qui n’a jamais dépassé un mètre cinquante ! Son père, ouvrier tisserand, est absent. Sa mère, femme forte et intelligente, eut une importance capitale dans sa vie (Lune angulaire en VII opposée à Vénus et Jupiter) et elle favorisera chez lui le goût de la fiction en lui racontant des histoires, notamment celles de Stevenson. C’est ainsi que, toute sa vie, James se réfugiera dans le monde imaginaire de son enfance.

« Je ne veux pas devenir un homme ... jamais, dit-il avec passion. Je veux rester pour toujours un petit garçon et m'amuser. »

Le conte original du « garçon qui ne voulait pas grandir » traduit parfaitement le malaise existentiel de ces êtres frappés du « complexe de Peter Pan ». James Barrie s’est marié et divorcera deux fois, fort peu concerné (sinon pas du tout) par la sexualité.

Le syndrome de Peter Pan en psychologie

Le psychologue Dan Kiley nous fait le portrait des Peter Pan et les décrit comme des êtres immatures caractérisés par un certain égocentrisme et un grand narcissisme, attachés à leur image, à leur corps, leurs vêtements... Ceux, qu'actuellement nous nommons communément "adulescents" présentent fréquemment des troubles sexuels (activité réduite, éjaculation précoce, impuissance, homosexualité).

« *L’impuissance sociale de la victime se retrouve dans l’arène sexuelle. Peu de temps après la puberté, celui qui souffre se met à chercher désespérément une petite amie, mais son immaturité et son infantilisme ont généralement pour but d’éloigner les jeunes filles… *»

Par ailleurs, ces garçons angoissés redoutent l'inconnu, la séparation et tendent à la procrastination. Aussi sont-ils tentés de se réfugier dans la douce sécurité du cocon familial, le plus souvent encouragés par la mère dans cette tendance régressive. Sous l'angle des complexes parentaux, il semble que ces adolescents qui ne veulent pas grandir ont souvent une mère insuffisamment présente favorisant l'hypertrophie de l'imaginaire de son enfant.

« Colère et culpabilité engendrent, envers maman, une ambivalence irrésistible. La victime désire se libérer de l’influence maternelle mais se sent coupable chaque fois qu’elle tente de le faire… Les plus jeunes victimes font appel à la pitié de leur mère pour obtenir ce qu’elles désirent, surtout de l’argent… Les victimes plus âgées ressentent moins cette ambivalence mais n’échappent pas à la culpabilité car elles savent combien elles ont fait souffrir leur mère. »

Par ailleurs, l'identification au père est difficile car elle menace son confort narcissique et peut être vécue comme menaçante, ou castratrice (à l'instar du Capitaine Crochet)… Dan Kiley met l’accent sur le fait que les pères sont souvent critiqués par les mères et sont passifs, les fils continuant ce même scénario et demeurant dans ce mimétisme de la fuite.

« La victime a l’impression de s’être aliéné son père. Elle brûle de désir d’être proche de lui mais a décidé qu’elle ne pourra jamais recueillir l’amour et l’approbation paternels… Une large part des difficultés rencontrées par la victime face aux figures autoritaires provient de ses problèmes avec son père. »

Par ailleurs, l’homme souffrant du syndrome de Peter Pan est également caractérisé par une quête de Perfection. Peter Pan recherchait la perfection avec un zèle inébranlable, lequel avait pour but de compenser ses doutes et ses incertitudes.

Critères astrologiques du syndrome de Peter Pan

Certaines dominantes sont incontournables :

  • La Lune ou le Cancer,
  • Mercure ou les Gémeaux,
  • Neptune et les Poissons,

Les deux premiers signes ont trait à l’enfance et l’adolescence ; le premier et le troisième tendent à se réfugier dans le rêve et à adopter des conduites de fuite.

D’autres critères sont à envisager :

  • Importance de la maison XII (maître d’AS en XII ou inversement, maître de XII conjoint ou dissonant au maître d’AS) pouvant stigmatiser l’«enfermement» du sujet,
  • Importance de Saturne qui sous-entend la frustration affective et la tendance régressive,
  • Lune forte mais souvent liée à Saturne ou Neptune stigmatisant l’absence maternelle,
  • Soleil en signes faibles, en Poissons ou en XII, dissonant à Saturne ou Neptune, soulignant le père fuyant, ou dissonant à Mars ou Pluton, incarnant alors le père castrateur...

Naturellement ces critères astrologiques sont insuffisants pour poser un véritable « diagnostic », l’histoire familiale ayant également son importance, nous devons composer avec elle dans une analyse plus complète.

Un exemple de « Peter Pan » : Michael Jackson

Le roi de la pop, surnommé « Bambi » pour son amour des contes de fées en est l’incarnation la plus frappante.

Difficile de passer à côté de la grande problématique narcissique de ce Peter Pan qui, à maintes reprises passe par le bistouri pour réparer ce que, en tant que virginien épris de perfection, il ne trouve à son goût. A l’instar des reptiles qui l'ont toujours fasciné, ce prodige plutonien sera en perpétuelle mue.

Nous connaissons l'enfance difficile du petit Michael, septième de neuf enfants, à l’ombre d’un père brutal et violent, ouvrier métallurgiste et artiste raté, déterminé à vivre au travers de sa progéniture ses folles ambitions musicales et ses rêves mégalomaniaques.

«  Au fond de mon cœur, je suis Peter Pan » MJ

Si cette éducation à la « schlague » ne manque de porter ses fruits côté professionnel, elle prive complètement le petit Michaël de son enfance. La réussite ne se fait pas attendre et le jeune prodige va briller au firmament et devenir milliardaire ; cependant, s’il grandit socialement, il demeure toujours immature et, plus le temps passe, plus le jeune homme est terrifié par le monde des adultes. Progressivement, il se réfugie dans l'univers sécurisant de l'enfance. Comme il a la possibilité de réaliser ses phantasmes les plus fous, le chanteur fait l'acquisition de "Neverland", vaste domaine où il invite de nombreux enfants à passer la nuit… Conscient de sa problématique, il énonce aux journalistes : "Au fond de mon cœur, je suis Peter Pan!"… Un Peter Pan qui est peut-être allé trop loin, poursuivi par la rumeur…

Il est certain qu’il n'y a qu'avec les enfants et dans leur monde d'insouciance et de rêve, que Michaël se sent à l’aise (Lune-Poissons au sesqui-carré de Neptune). Toutefois, deux de ces angelots porteront plainte et les procès intentés seront arrêtés à coups de millions de dollars. Ni les mariages, ni les enfants conçus artificiellement ou adoptés, ne changeront rien à sa réputation quelque peu sulfureuse.

« Essayez de rester un enfant aussi longtemps que vous le pouvez. Ne forcez pas à l'âge adulte. » MJ

C’est alors que surviennent l'ère du soupçon (carré de Pluton) et la dégringolade, la chute, avec anorexie et cocktails de médicaments… Alors même qu'il tétanise les foules, jamais Michael Jackson ne revendiquera ni n'endossera le rôle de sex-symbol : il est et demeure Bambi, un être doux, gentil et vulnérable, qui entretient un rapport particulier avec son public.

Voyons ce que nous dit son thème :

Thème natal de Michael Jackson

  • Mercure est une dominante du thème avec son angularité au FC, sa maîtrise sur le Soleil et l’ascendant et la présence de Vénus dans la maison III, assimilée au signe des Gémeaux,
  • L’importance des Mutables (Gémeaux-Poissons et de Mercure-Neptune met en exergue la problématique identitaire et l’androgynat psychique, entretenue par l’opposition Soleil-Lune,
  • La conjonction du maître d’AS (Mercure) avec le maître de XII (Vénus) reflète la problématique psychique d’enfermement qui fut le sien.
  • L’importance de Saturne au carré de la Lune met l’accent sur la frustration affective, le « complexe de sevrage » qui l’a trop tôt séparé de la mère et contribué à son infantilisme et à sa tendance schizoïde (Lune-Saturne-Neptune),
  • La conjonction Soleil-Pluton incarne la toute-puissance et la violence de ce père castrateur qui a rendu difficile l’identification virile.

Comment expliquer le côté « grandeur et décadence » de la vie de ce personnage urano-plutonien hors norme? Peut-on relever cet état de chose au travers de son thème ?

  • La position du maître d’ascendant Mercure (qui s’exprime dans la première partie de sa vie), en conjonction de Vénus-Uranus, reflète parfaitement le profil de ce jeune prodige marginal en quête d’amour et qui a su imposer son style original et inventif. Sa conjonction à Soleil-Pluton d’autre part, met en exergue la forte influence sur son destin d’un père violent qui l’a néanmoins propulsé au firmament…
  • Cependant la position de la Lune, le second maître de la maison I (et qui s’exprime dans une seconde partie de vie), a une place bien moins facile (au carré de Saturne), avec ses freins, ses doutes, son côté régressif et frustrant. Dans cette seconde partie de vie Michaël va souffrir de solitude et d’exclusion. De plus, Saturne est maître de la maison VIII, ce qui peut être l’indication d’une mort prématurée.

C’est particulièrement à partir de 2001 que la vie de Michaël bascule, lors du transit de Pluton (qui dans le ciel est opposé à Saturne) sur son Saturne natal au carré de la Lune. A partir de cette période, Michael Jackson ne produit plus d’album et son état de santé décline.

Le chanteur disparaît le 25 juin 2009, le jour d’une opposition Soleil-Pluton. C’est le cap important du cycle Jupiter-Neptune en Verseau opposée au maître d’ascendant Mercure, au carré de cette même conjonction natale en VI, reflétant bien l’intoxication médicamenteuse. Le 25 juin, Mars fait son cycle en XII réactivant la dissonance natale au maître d’AS. De plus, Saturne qui transite en Vierge passe au carré de lui-même et s’oppose à la Lune, réactivant le maître de I et de VIII.

« Nous sommes tous des produits de notre enfance. »